Le conservatisme lutte pour ce qui est permanent.
Dans la culture du moderne, nous sommes habitués à procéder selon une approche diachronique de l’histoire qui est devenue pour nous quelque chose allant de soi. Cette approche distingue trois catégories temporelles situées dans un ordre strict et irréversible : le passé, le présent (ce qui se passe) et l’avenir. Notons que le passé est ce qui s’est passé. Le présent est ce qui existe. L’avenir, ce qui viendra. Toutes les racines de ces concepts, passé, présent, avenir, sont liés non pas à la signification de l’être, mais à la signification du mouvement (ou au moment de son existence « dans l’instant », son « arrêt »). Voilà en quoi consiste la spécificité de l’historicisme et de la philosophie de l’histoire. Il s’agit d’un modèle de compréhension du monde à travers le mouvement, cette représentation s’est affirmée dans la culture occidentale à l’Epoque moderne en même temps que le concept de progrès. Cette conception unidirectionnelle du temps comprend déjà en elle l’idée du progrès, c’est-à-dire au sens propre, le mouvement vers l’avant.
L’introduction totale et systématique de ce paradigme diachronique contraint quelque fois les conservateurs eux-mêmes lors de la formulation de leurs positions philosophiques et politiques à faire appel au passé en tant que norme. Par là-même, le conservateur exprime d’une certaine façon son accord avec le temps linéaire, reconnaît le fait même de progrès, mais attribue à son contenu une conclusion alternative et négative. Il ressort que le conservateur qui agit de la sorte est par définition un rétrograde, c’est-à-dire celui qui va vers l’arrière. Or, il s’agit d’une définition incorrecte parce que le conservateur ne s’intéresse pas du tout à ce qui s’est passé mais à ce qui se trouve dans le passé, particulièrement au sens où les hommes du moderne comprennent le « passé ».