Middle East

LE KURDISTAN ET LE GRAND MOYEN-ORIENT

Je pense qu’il est maintenant nécessaire de faire appel au concept d’eurasisme. Il faut adapter le modèle eurasien au Kurdistan. Nous devons parler de l’intégration du peuple kurde en tant que communauté historique unie et de sa participation à la construction du projet eurasien. Cela impliquera une rupture complète des relations avec les Américains et l’établissement d’une union stratégique à long terme avec la Russie comme garante de l’ordre mondial. En même temps, avec l’aide de la Russie, les Kurdes pourraient trouver un statu quo avec Ankara. Dans cette situation, toute la tension avec l’Iran serait apaisée et nous pourrions discuter de la création d’un Etat ou de régions kurde(s)-chiite(s). Toutes les composantes actuelles d’un Etat kurde pourraient être considérées comme faisant partie du projet eurasien.

Alors les Kurdes n’auraient plus qu’un seul ennemi : l’ISIS. En examinant les autres pays de la région, l’ISIS est aussi l’ennemi de la Syrie, de l’Irak, de l’Iran, de la Turquie, et de la Russie. Si les Kurdes veulent vaincre leur véritable ennemi, le terrorisme, ils doivent rechercher des partenaires même parmi ces Etats avec lesquels ils n’ont pas toujours eu de bonnes relations. Les Kurdes devraient rejoindre la coalition anti-ISIS au Moyen-Orient. A la tête de cette coalition pourrait se trouver la superpuissance nucléaire russe, qui est neutre et sans préjugés concernant ces détails historiques, et qui est le bastion de la civilisation eurasienne, le principal garant du système eurasien multipolaire qui fait la guerre à l’ISIS.

Syrie : que va faire la Russie ?

Alexandre Dougine : Nous devons analyser le combat actuel pour le pouvoir géopolitique comme une continuation de l’antique conflit des puissances continentales, représentées par la Russie, et des puissances maritimes représentées par les USA et l’OTAN. Ce n’est pas un phénomène nouveau, c’est la continuation de la vieille lutte géopolitique et géostratégique. Les années 1990 furent une période de grande défaite pour les puissances terrestres représentées par l’USSR. Michail Gorbatchev refusa de continuer le combat. Ce fut une forme de trahison et de résignation face au monde unipolaire. Mais avec le président Vladimir Poutine, au début des années 2000, survint la réactivation de l’identité géopolitique de la Russie comme une puissance terrestre. Ce fut le début d’une nouvelle compétition entre les puissances terrestres et maritimes.