« Finalement, la volte-face d’Aléxis Tsípras s’explique très bien »

Les perroquets qui répètent des propos de bistrot peuvent bien dauber sur la « fainéantise » des Grecs et la « gabegie des fonctionnaires ». Ils feraient mieux de consulter les chiffres de l’OCDE. En 2014, les Grecs ont travaillé en moyenne 2.042 heures, soit plus que les Français (1.489 heures) et les Allemands (1.371 heures). En 2011, les fonctionnaires représentaient en Grèce 8 % de l’emploi, contre 11 % en Allemagne. En réalité, Joseph Stiglitz et Paul Krugman, tous deux prix Nobel d’économie, l’ont dit avec netteté, et l’ancien ministre Yánis Varoufákis n’a lui aussi cessé de le rappeler, l’économie grecque s’est effondrée, non pas en dépit, mais à cause des mesures d’austérité qu’on lui a imposées. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, on se retrouvera dans quelque temps exactement dans la même situation qu’auparavant. Le FMI prévoit déjà que le taux d’endettement atteindra d’ici deux ans 200 % du PIB. D’ici là, une crise politique est plus que probable. Comme disait le regretté Philippe Muray,« le réel est reporté à une date ultérieure ».

L’action du Président Poutine et l’Eurasisme.

A un certain moment, Poutine, en tant que chef d’un grand pays et l’idéologie eurasiste en tant qu’appareil conceptuel décrivant de façon la plus précise les défis et objectifs de la situation géopolitique actuelle, dans laquelle les anciennes idéologie, de gauche et de droite, ne fonctionnent plus, fusionnent en un seul objet de haine totale aux yeux des réseaux atlantistes. Tous ceux qui soutiennent Poutine ou qui simplement critiquent l’Occident deviennent instantanément des «agents de Poutine», des «espions russes», des «eurasistes». Par ailleurs, en Russie, quand on parle de la cinquième colonne ou des agents d’influence atlantistes, on est immédiatement accusé de paranoïa et de théorie du complot. Mais jetez un coup d’œil sur les titres des principaux médias de la presse occidentale: partout c’est la chasse à «la cinquième colonne de Poutine», on publie des listes d’espions russes, et à l’aide des hackers de la CIA, déguisés pour la cause en «ukrainiens», les adresses mail des membres du «Mouvement Eurasiste» subissent une campagne frontale afin de dénoncer tous ceux qui ont de la sympathie à l’égard de la Russie.

Que vaut notre petit réseau héroïque d’opposants à l’ordre libéral du monde actuel, par comparaison aux trillions du système de la Réserve fédérale, aux établissements d’enseignement supérieur, aux technologies les pus récentes, aux médias globaux, aux dizaines de milliers d’ONG et d’agences d’influence perchées sur tous les sommets de tous les pays d’Europe et d’Asie… Il déclenche la rage et la fureur de l’ennemi. Car la Russie est avec nous. A la tête de la Russie, il y a Poutine. Et avec lui, il y a notre peuple et notre histoire. Et ils n’ont rien de pitoyable, les quelques poignées d’enthousiastes qui paradent avec les drapeaux de Novorossie et les portraits de Poutine dans les rues des villes d’Europe. Tout cela tire hors du sommeil une civilisation alternative, la Terre, le cœur de la terre. Et elle continuera à la tirer hors du sommeil jusqu’à ce qu’elle soit éveillée.

 

Pas de grande Russie sans grand ébranlement.

Souvent ce sont deux aspects concomitants. La grandeur réside en ce que la Russie a accompli un pas décisif et irréversible, un retour dans l’histoire en qualité de puissance souveraine et autonome, en tant qu’empire. Nous avons montré que la période de dégradation est finie, la préservation de notre potentiel territorial et intérieur a été affirmée ; nous sommes revenus, pour être une grande puissance mondiale. Le genre de chose qui coûte cher. Il va falloir payer beaucoup. Mais voilà, c’est un pas. Un autre, c’est la Crimée, notre réponse au Maïdan, qu’on nous a infligé. Nous n’avons pas voulu cela. Nous voulions être avec l’Ukraine, dans ses frontières d’alors, et entretenir des relations amicales. On nous a imposé la situation, lancé un défi. Nous y avons répondu par la Crimée, à la manière des grandes puissances. Pas à la manière d’une puissance régionale, mais comme une grande puissance. « Ah, tu es ainsi ? Et bien, nous aussi ! »
En même temps, il ne s’agit pas simplement de mots. « La Crimée est à nous, c’est vrai. Mais voyez les conséquences… » On doit toujours payer pour les grandes choses. Pour jouir de leur grandeur, les grandes puissances sont obligées d’investir des quantités phénoménales de ressources. C’est cela, être dans l’histoire. C’est pourquoi on peut comprendre le petit-bourgeois, complètement indifférent à la grandeur. Mais c’est précisément de cette grandeur que vit le peuple. Nombreux sont les peuples qui aujourd’hui s’estiment peut-être mieux nantis que nous, matériellement, (il n’est pas nécessaire d’insister là-dessus, mais nous ne nous trouvons tout de même pas dans un état de dénuement complet), mais qui paieraient cher pour entrer dans l’histoire. Toutefois,  ils ne disposent pour cela ni de la taille, ni de la possibilité, ni encore du potentiel historique. Nous avons tout cela.

Poutine, Valdaï et le koan du samouraï.

Les discours patriotiques de Poutine sont dangereux car bien souvent ils ne sont suivis par rien, sinon le contraire de ce qu’ils affirment.

Le discours de Valdaï de Poutine fut formulé dans une tonalité clairement eurasiste et souveraine. Il paraît que cela aurait du nous réjouir et inspirer l’espoir de la fin du temps des hésitations et des tentatives de conciliation avec l’ennemi, et de l’entrée en confrontation directe avec l’Occident et l’hégémonie américaine, contre lesquels nous combattons directement depuis longtemps déjà.

Le Referendum grec, vu de Russie.

Être ou ne pas être. La question sera tranchée le 5 juillet. Si la Grèce est, l’Union européenne n’est plus. Si l’Union européenne est, une Grèce souveraine ne peut exister. Si le peuple vote en faveur des mesures que l’Union européenne veut imposer, il ne sera plus question en Grèce ni de souveraineté, ni de politique sociale, ni de pensions, ni d’avantages, ni de droits économiques. Le pays passera sous le marteau. Si le peuple se prononce contre ces mesures, pour la Grèce, et non seulement pour la Grèce mais pour toute l’Europe, et même pour le monde entier, commencera une ère nouvelle ; les règles auront radicalement changé. Certaines portes se refermeront, d’autres s’ouvriront, en Eurasie, en Russie, à l’Est. Cela ne signifie pas que ce sera facile. Ce sera même difficile, mais la Grèce vaincra, tout comme la liberté et la dignité nationale. Dire non à la Troïka c’est dire « la Grèce est ».

Eurasisme et multipolarité

Dans son dernier discours aux représentants de la nation russe, Vladimir Poutine a rappelé que l'union économique eurasienne va être opérationnelle en janvier 2015.

Il est intéressant de revenir ici sur les fondements théoriques et géopolitiques possibles de cette union continentale qui nous est présentée comme une alternative au monopole et à l'hégémonie occidentale. Qu'en est-il en réalité ? Quelle place pour les français et les européens dans une telle alliance ? La Russie peut-elle être la figure de proue d’un nouveau non-alignement civilisationnel face au nouvel ordre mondial ? Voire dans le nouvel ordre mondial ?

Eurasie dans la guerre de réseau (Réseau eurasien à la veille de 2015)

Maintenant c’est le calme avant la tempête. La situation en Novorossia a atteint une impasse. Pression sur la Russie est de plus en plus forte. Nous sommes sous les assauts. Toute personne qui soutient activement Poutine, est inclus dans le réseau eurasien, jette le défie à la Bête américaine, maintenant sous l’attaque. La pression est de plus en plus forte. Le plus désagréable dans cette situation c’est la trahison. C'est quand l'ennemi est bien conscient à quel point tu es dangereux pour lui, et un ami ne se rend pas compte de ton utilité pour lui. Mais c’est aussi une épreuve à passer. Et on ne peut la passer que grâce à l'idée. Malgré la psychologie et de «jeux de réseau» complexes avec lesquels nos adversaires essaient de nous étrangler.

Nous avons fait et nous ferons notre réseau mondial eurasien. Nous avons travaillé et nous travaillerons contre l'hégémonie américaine. Nous avons soutenu et nous soutiendrons toutes les forces alternatives en Europe et en Asie, qui représentent la tradition (et pour nous c'est principalement l’orthodoxie), la justice, la liberté et le monde multipolaire. Contrairement à l'Occident: il n'y a pas une, mais plusieurs civilisations; il n'y a pas une (libérale), mais de nombreuses idéologies; il n'y a pas une seule culture, mais la diversité riche des cultures qui n'acceptent pas la mondialisation et se battront jusqu'à la fin.

Types et figures dans l’oeuvre d’Ernst Jünger. Le Soldat du front, le Travailleur, le Rebelle et l’Anarque

Voyons maintenant ce qui distingue la Figure et le Type. Par rapport à la Figure, plus englobante, mais aussi plus floue, le Type est plus limité. Ses contours sont relativement nets, ce qui en fait une sorte d’intermédiaire entre le phénomène et la Figure: «Il est, dit Jünger, l’image modèle du phénomène et l’image garante de la Figure». La Figure a une plus grande extension que le Type. Elle excède le Type, comme la matrice qui donne la forme excède cette forme même. En outre, si le Type qualifie une famille, la Figure tend plutôt à qualifier un règne ou une époque. Des Types différents peuvent coexister les uns à côté des autres, tandis qu’en un même temps et lieu, il n’y a place que pour une seule Figure. De ce point de vue, le rapport entre la Figure et le Type es comparable au rapport de l’Un et du multiple. (C’est pourquoi Jünger écrit: «Le monothéisme ne peut connaître, en stricte logique, qu’une seule Figure. C’est pourquoi il ravale les dieux au rang de Types»). Ce qui revient à dire que la Figure n’est pas seulement un Type plus étendu, mais qu’entre la Figure et le Type, il y a aussi une différence de nature. Aussi la Figure peut-elle susciter des Types, en leur assignant une mission et un sens.

Le Nationalisme Donbassien

Dans la mesure où des aspects primordiaux se situent le plus souvent dans l’argumentation des mouvements nationalistes (et de libération nationale), il est nécessaire d’examiner en détail toutes les phases historiques qui y sont liées afin de proposer une succession unique de couches, qui peut inclure une mythologie propre, ainsi que la mémoire historique. Une première phase concerne la période protoétatique, lorsque manquait l’expression claire des spécificités de l’Etat moderne, liées à la compréhension de la souveraineté. Nous y décelons toutefois des facteurs intéressants, tels que la présence des Alains (sarmates et scythes) dans la région du Don inférieur, et plus haut, sur la rive gauche du Dniepr et au Nord du littoral de la Mer d’Azov. Ainsi, alors que la Crimée est intégrée dans la sphère du monde hellénique, le Donbass fait partie de la sphère culturelle Alano-sarmatienne.

La deuxième phase, relative à la période des grandes migrations des peuples, témoigne du passage de nombreux peuples à travers le territoire que nous examinons, ainsi que de l’installation de certains d’entre eux dans ce dernier. Outre les slaves arrivèrent des peuples turcophones ; Petchenègues, Torques, Polovtses, Bérendiens, souvent désignés sous l’appellation de « chapeaux noirs ». Le territoire lui-même passa sous l’emprise du Kaghanat Khazar, et ensuite fut intégré dans la Horde d’Or.

Le long parcours : une interview avec Alexander Dugin

Il faut mettre ici l’accent sur le mot géopolitique. Cela indique que Poutine déplore non pas le contenu idéologique de l’idéologie soviétique mais plutôt l’effondrement de l’espace politique unifié longtemps avant le bolchevisme et représentant la Grande  Russie comme l’entité politique basée sur la similarité civilisationnelle entre l’histoire et les cultures de groupes ethniques et de peuples différents. L’Occident ne connaît que peu de choses ou rien du tout sur l’histoire réelle de la Russie. Parfois ils croient que l’Union Soviétique était une création purement communiste et que des Etats comme l’Ukraine, le Kazakhstan ou l’Azerbaïdjan étaient indépendants avant l’URSS et qu’ils furent conquis par les bolcheviks ou forcés à entrer dans l’Etat soviétique.

Le fait est qu’ils n’existèrent jamais en tant que tels et qu’ils ne représentaient que des districts administratifs sans aucune signification politique ou historique dans l’Empire russe aussi bien que dans l’URSS. Ces pays furent créés dans leurs frontières actuelles artificiellement, seulement après l’effondrement de l’URSS et en résultat de cet effondrement.

Nous et les autres

La culture de chaque peuple menant son existence dans le cadre d’un État doit inclure en tant qu’élément propre des idées et théories politiques. Ainsi, l’accusation selon laquelle l’eurasisme professerait l’indifférence politique, l’indifférence aux questions politiques, est fondée sur un malentendu. Mais l’erreur n’est pas moindre, même si on la rencontre souvent, que d’identifier l’eurasisme avec l’un ou l’autre ancien courant d’idées politiques. L’eurasisme réfute l’autorité sans appel de la culture européenne. Et comme il est admis de lier au concept de culture européenne la notion de « progressisme », beaucoup pensent que l’eurasisme est un courant réactionnaire. L’eurasisme pose l’exigence d’une culture nationale et déclare sans appel que la culture nationale russe est impensable sans l’orthodoxie. Cette association, bien entendu, évoque à nouveau chez de nombreuses personnes le souvenir de la fameuse expression « autocratie, orthodoxie, nationalisme» et elle en sort encore renforcée la conviction selon laquelle l’eurasisme serait une forme nouvelle de la vieille idéologie réactionnaire russe. Succombent à cette illusion non seulement ceux de gauche, mais aussi beaucoup à droite, qui s’empressent de déclarer que l’eurasisme est des leurs. Il s’agit d’un profond malentendu. L’expression « autocratie, orthodoxie, nationalisme1» prend une signification particulière sur les lèvres des tenants de la droite russe. A strictement parler, toute la formule pourrait être librement signifiée par le seul mot autocratie. 

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